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2016 :
Vivement ce soir...
(roman), éditions Luce Wilquin​

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2015 :
Histoires criminelles en Belgique, éd. Luc Pire (4 tomes)

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2015
Ailleurs (recueil de nouvelles),
MEO éditions

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2014 :
Les Grandes Affaires criminelles de Belgique, éd. De Borée

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 2013 :
Lignes de fuite
(roman), éditions Luce Wilquin

Lignes de fuite 

 


 

 

 


 


 

Liliane Schraûwen...

... a passé son enfance en Afrique, dans une petite ville blanche étagée sur quelques collines au bord d'un lac grand comme une mer.

L'Afrique, le Congo, l'enfance…

Tout cela est resté vivant en elle et continue de nourrir ses rêves et son œuvre.

Rentrée en métropole à l'âge de 14 ans, elle y a poursuivi ses études et sa vie.

Mère de quatre enfants, elle a pratiqué des métiers divers, tous en rapport plus ou moins étroit avec la littérature : courriériste, journaliste, correctrice, directrice de collection chez Marabout, bibliothécaire, coach littéraire, "nègre", enseignante et, bien sûr, écrivain…

Elle vit aujourd'hui à Bruxelles où elle continue d'enseigner et d'écrire.

Pour fêter la parution de son numéro 100, la revue Le Carnet et les Instants a demandé aux écrivains belges de se projeter dans le futur et de rédiger… mon Dieu, comment appeler cela?

Une notice nécrologique?

Un hommage probablement posthume?

Un petit document, en tout cas, destiné à célébrer le centième anniversaire de leur naissance.

Liliane Schraûwen a participé avec plaisir et amusement à ce jeu littéraire, ce qui a donné ce texte forcément un peu décalé, voire insolite.

 

3 décembre 2046

Qui, aujourd'hui, se souvient d'un obscur petit écrivaillon né voilà tout juste 100 ans, et mort… mort… quand donc?

Trop tard en tout cas, beaucoup trop tard.

C'est du moins ce qu'elle vous dirait - elle, car il s'agit d'une "écrivaine" comme le disaient en ces temps lointains nos cousins du Québec

- si elle était en état de dire encore quoi que ce soit.

Mais depuis 30 ans, 40 peut-être, elle a disparu, complètement disparu.

La dernière trace qu'on ait d'elle remonte à l'année 1997, quand elle a publié sa troisième œuvre de fiction, un recueil de nouvelles.

Cela s'appelait Instants de Femmes, je crois. Après, plus rien.

Le silence. Certains prétendent qu'elle s'en est allée à la recherche de ses racines africaines, et n'a jamais refait surface.

Pour d'autres, elle aurait été assassinée par l'un des sept acheteurs de son dernier livre, déçu par une prose dont nous ne pouvons rien dire, tous les exemplaires de cet ouvrage ayant disparu, eux aussi.

Certains prétendent que Liliane Schraûwen aurait été internée comme le personnage de son second roman (La Fenêtre), d'autres affirment qu'elle vit encore, sénile et solitaire, murée dans un silence dont elle n'aurait jamais dû sortir.

Pour quelques-uns, elle se serait suicidée après la parution de son dernier livre, traumatisée sans doute par le silence de la critique.

Voilà pourquoi, 50 ans plus tard, j'ai eu envie de consacrer quelques lignes à ce petit auteur inconnu. Non pas que j'apprécie son œuvre : je ne l'ai jamais lue. Personne, aujourd'hui, ne l'a lue.

Et même à son époque, elle n'a pas fait beaucoup de bruit.

Mais enfin, elle a vécu, cette femme. Un ancien numéro du Carnet nous parle d'elle, il y a même une photo.

Elle a vécu, elle a écrit, elle a disparu. Comme nous tous, comme toi lecteur, comme moi demain.

Voilà pourquoi j'ai eu envie de la réinventer pour vous, en cet an de grâce 2046.

Parce qu'elle est notre sœur, notre mère, notre aïeule, vie perdue, mort ignorée, âme oubliée…


 

Que dire de plus ?

Ceci, peut-être, puisé dans l'un de ses livres :

Elle écrivait, voilà tout.

Elle écrivait parce qu'elle en avait envie, parce qu'elle en avait besoin.

Pour ne pas mourir, pour se sentir moins mal sans doute.

Tant mieux si ses livres plaisaient, tant pis si c'était pour des raisons qui n'étaient pas les siennes.

Elle les avait écrits, puis elle s'en désintéressait.

Ils étaient devenus des objets comme étrangers, fermés, opaques, qui passaient de main en main et dont les gens faisaient ce qu'ils voulaient. Cela ne la concernait plus. Elle n'avait pas la prétention d'imposer une lecture plutôt qu'une autre, ni celle de vouloir être comprise.

 

Ou cela, extrait d'un autre :

J'ai envie de (…) parler du bonheur et de la douleur mêlés qui montent en moi cependant que les mots coulent de ma plume sur le papier; ou du plaisir que j'ai à voir s'afficher, sur l'écran de mon ordinateur, les mots et les phrases, à la vitesse même où ils surgissent du néant et se mettent à vibrer dans ma pensée; et de ce sentiment indescriptible d'être ailleurs, coupée de toute réalité, comme Dieu, comme Satan peut-être, comme un amant comblé, comme une femme en désir.

Souvent, lorsqu'on parle de ses thèmes, on insiste sur l'enfance, la maternité, la souffrance, la violence, la solitude, la mort, l'amour, l'érotisme... L'on peut y ajouter le silence.

Quelquefois aussi on insiste sur son écriture "poétique", "sensible" ou "intense, incisive et dépouillée à l'extrême", en lui attribuant "un grand souffle lyrique", en mentionnant "l'émotion, la fougue, le talent et le ton"…

Elle écoute et laisse dire.

Avec un certain détachement, et parfois aussi avec un léger plaisir, sans doute de vanité.

Elle a envie de vous dire, simplement, de juger par vous-même…

D'autant plus qu'il lui arrive de naviguer aussi dans les eaux de l'humour et du sourire.