La Foire du Livre de Bruxelles

 

Foire 20du 20livreSéance inaugurale de la 43e Foire du Livre de Bruxelles, mercredi dernier. 
Deux invités d’honneur : Javier Cercas et, je vous le donne en mille : Marc Levy. Cherchez l’erreur… Il est loin, hélas, le temps où celui qui recevait mission de « déclarer ouverte la ixième foire de Bruxelles » était Elie Wiesel, Le Clézio ou Michel Serres. O tempora, o mores comme l’a écrit jadis un écrivain que la mort du latin à l’école continue d’assassiner un peu plus chaque année, après qu’Antoine lui eût une première fois fait couper le cou, la tête et les mains et que fût percée post mortem sa langue qui avait prononcé des discours bien différents de ceux de Fadila Laanan. Car, cette année encore, elle s’est fendue d’une allocution que personne n’a comprise (pas même elle, je le crains).
Très peu de places assises (pauvres « professionnels de la profession » obligés d’écouter tout ça debout sur leurs petits pieds surmenés !).
Surréalistes, la jeune fille qui était censée représenter Cendrillon, et le jeune homme déguisé en Shakespeare. Là non plus, je n’ai pas compris grand-chose. Que venaient-ils faire tous les deux dans cette manifestation centrée cette année sur l’Espagne et sur « les écrits meurtriers » ? Don Quichotte, j’aurais compris, ou son père Cervantès, pour conserver la parité « personnage de fiction » et « grand écrivain ». Ou Hernani. Ou Le Cid. Mais ni Cendrillon ni Charles Perrault ni William Shakespeare n’étaient espagnols, pour ce que j’en sais. Et aucun d’eux non plus ne s’est rendu coupable du moindre meurtre, à moins qu’il ne se fût agi d’un crime parfait et encore ignoré de nos jours…
Quoi qu’il en fût, je confesse ma perplexité devant cette Cendrillon en robe rose au vaste décolleté qui, soit dit en passant, ressemblait autant à son modèle que moi à la Belle au Bois Dormant, et j’avoue mon désarroi devant cette fausse princesse embrassant à pleine bouche un Grand Will qui avait du moins le mérite de porter un costume crédible.
D’autres discours, de circonstance, des remerciements susurrés par une Maria Garcia aphone, des excellences et des ambassadeurs, comme chaque année.
Et puis un faux SDF du plus mauvais goût, réaliste à souhait, celui-là, qui se promenait avec un chariot « Carrefour » ou « Cora »  rempli de livres (volés ???) : j’avoue que le message subliminal de cette performance m’a échappé. Sans doute ne suis-je pas assez intello.
Heureusement que Bruno Coppens, en maître de cérémonie déjanté et inspiré, a assaisonné de calembours et de bons mots ce qui, sans lui (et malgré les propos intelligents de Javier Cercas) n’eût été qu’un triste et lamentable fiasco.
Ensuite, petits fours et coupes de mousseux à gogo, comme chaque année. Foule de pique-assiettes et de people (c’étaient parfois les mêmes).


Jeudi, les choses sérieuses ont commencé. Je veux dire que les portes se sont ouvertes aux vrais amateurs de livres. Qui donc prétend que les gens ne lisent plus ? Comme chaque année, les visiteurs se bousculent (surtout aujourd’hui, samedi). Jeunes et moins jeunes, hommes et femmes, enfants et ados se pressaient dans les allées. Comme chaque année encore, il y avait une file interminable de fans en folie qui serraient contre leur cœur le dernier opus de notre Amélie nationale, toujours vêtue de noir, les lèvres peintes d’un rouge agressif, et coiffée de son inénarrable chapeau. D’autres plumitifs au rang desquels je figure attendaient le chaland devant quelques livres qui n’intéressaient pas grand-monde. Surtout mon petit dernier, « trop gros » à ce que j’ai entendu.
La joie, quand même, de revoir des amis, des confrères ; le plaisir de « parler boutique », et celui de rencontrer, pour ne citer que ces deux-là dont j’admire le talent, Véronique Olmi et Joël Dicker.
Quelques contacts aussi, ce qui n’est pas à dédaigner.
Fatigant, parfois excitant pour l’esprit, plaisant lorsqu’on retrouve ou découvre d’autres auteurs sympathiques et intéressants. Rassurant, aussi, de constater le vrai succès de vrais écrivains, à côté de ces vedettes championnes des ventes (je pense une fois de plus à Joël Dicker, pour ne citer que lui). Comme quoi le public n’est pas universellement, euh, comment dirais-je… « con » serait-il le terme adéquat ?
Mais quand même, ai-je pensé, comment faire si l’on écrit des livres « trop gros », si l’on n’aime pas les chapeaux noirs et moins encore les fruits pourris ou le thé noir, si l’on se refuse à composer le cocktail constitué d’un peu d’amour – un zeste d’exotisme – un soupçon de fantastique – une dose d’intrigue policière – des dialogues nombreux – des clichés à profusion – une masse de bons sentiments – un nombre appréciable de fautes d’orthographe et de style, qui fait aujourd’hui le succès des best-sellers ? Comment faire connaître mon existence aux lecteurs et, d’abord, aux médias qui vont les inciter à me lire ?
Ce n’est pas l’amaigrissement annoncé et programmé des pages « livres » du Soir qui va arranger les choses, bien entendu. Triste pays que celui dans lequel la littérature se voit ainsi rabotée, du moins dans le plus grand de nos quotidiens.
Puisque le thème de cette année est celui des écrits meurtriers, je me demande si, demain, je ne devrais pas trucider devant les caméras de télévision quelque pseudo-journaliste ou quelque critique qui m’ignore ou, mieux encore, le rédacteur en chef ou le décideur de telle ou telle publication dans laquelle la culture se verra tout prochainement réduite à la portion congrue ? Ainsi ferais-je d’une pierre deux ou trois coups. J’attirerais l’attention sur moi tout en m’intégrant parfaitement dans le thème meurtrier de la Foire 2013, ce qui serait tout bénéfice pour mon œuvre ; je me retrouverais au fond d’une cellule où rien ne viendrait plus me distraire de la seule occupation qui me console un peu d’avoir dû quitter mon métier ; et j’y serais blanchie et nourrie, sans nul besoin de chercher désespérément comment boucler mes fins de mois.

Si quelqu'un a une autre idée, qu’il n’hésite pas à me la suggérer. En attendant, je vais enfouir dans mon sac le grand couteau à désosser la volaille qui dort dans un tiroir. Ça peut toujours servir…
Il me reste deux jours pour accomplir mon forfait. Cela devrait suffire.

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